Cela pourrait être le titre d’un bouquin, de ceux qui attirent l’œil et dont on parle aux amis lecteurs, mais ce ne sont que les trois titres des films que j’ai vus cette semaine, dans cet ordre.

« Sans un bruit », une tension extrême

« Sans un bruit » m’a cloué à mon fauteuil dès les premières minutes. Le silence nous assaille dès l’ouverture, on se prend déjà à trouver que le plus jeune des enfants fait trop de bruit en courant dans ce petit magasin abandonné d’une ville qui l’est tout autant. On devine que la famille est là pour y faire quelques réserves, après tout « The Walkind Dead » nous a bien habitué à ces expéditions en ville d’un groupe de survivants.  Mais ici personne n’est armé. C’est autre chose qui est dehors, plus violent encore, on ne sait pas quoi, ce n’est pas comme dans les autres histoires du même genre, là les portes sont ouvertes, les survivants peuvent aller et venir sans crainte, à la condition expresse de ne pas faire de bruit, alors on retient son souffle jusque dans la salle. La tension monte crescendo sur le premier tiers du film, faisant même sursauter mon voisin de droite (un chouia plus que moi), ne nous lâchant plus après. J’ai, je l’avoue, posé mes mains sur mes yeux à un moment. Mon voisin regardait tout sans crainte. Alors si oui, bien entendu, on devine bien vite qu’il serait possible de lutter contre « eux » en s’organisant un peu mieux, les acteurs sont si parfaits qu’on se prend au jeu sans difficulté.

Je suis fan des films et des romans post-apocalyptiques que trouve extrêmement attirants, sans doute parce qu’il s’agit d’histoires qui permettent de rebattre les cartes, de redonner leurs chances à tous, de replacer les enjeux à d’autres niveaux. Ces grands bouleversements planétaires ou sociétaux, terribles, certes, sont un prétexte à sortir les uns et les autres de leurs conditions d’origines, de leur classe sociale d’appartenance, encore plus assurément que n’importe quel ascenseur social, dont on sait d’ailleurs la disparition déjà ancienne.

« Sans un bruit » fait partie de ce monde. Cruel et efficace. A voir, en évitant de manger un chili avant.

« Respire », une si délicieuse et inéluctable descente aux enfers

On m’avait conseillé de voir « Respire » de Mélanie Laurent, d’après le roman éponyme de Anne-Sophie Brasme. Je n’étais pas allé voir la film à sa sortie, bien que le thème m’intéressait. La relation toxique entre deux personnes est un thème récurrent, captivant. « Mon Roi » de Maïwenn avec Vincent Cassel, ou encore « Gone Girl« , sur un registre encore plus  poussé d’une manipulation consciente et calculée, donnent à voir sur des processus de destruction et de vampirisation d’un individu par l’autre, tout en montrant de quelle façon la « victime » s’installe dans le piège qui lui est tendu. Le « manipulateur » ne peut seul agir seul. Je doutai que Mélanie Laurent ai pu traduire cette subtilité, et pourtant c’est réussi. Charlie, lycéenne bien dans sa peau et dans sa vie, devient très rapidement amie et très proche de Sarah, fille d’une diplomate retenue à l’étranger qui arrive dans la classe en cours d’année. L’apparente force et l’aplomb de Sarah font douter Charlie, qui se remet très souvent en question malgré les évidences de mensonges de son amie. Elle s’englue peu à peu dans le trouble le plus complet,  on comprend vite qu’elle ne peut pas vraiment voir elle même la manipulation, et on assiste alors à sa lente et inéluctable descente aux enfers. Terrible et magnifiquement servis par une Lou de Laâge et une Joséphine Japy parfaites dans leurs rôles respectifs. Tous comptes faits c’était vraiment un film à voir. Merci pour le conseil.

« Dogman », l’origine du mal

Puis je me suis posé devant « Dogman » de Matteo Garrone, dont j’avais déjà largement apprécié « Gomorra » sorti en 2008, film sur la camorra ordinaire et violente de Naples. « Dogman » est une fulgurance, un tableau en vrai, qui dépeint avec une précision redoutable le combat ordinaire quotidien d’un toiletteur pour chiens racketté par un abruti violent et cocaïnomane qui vient tout juste de sortir de prison. Inspirée d’un fait réel qui s’est déroulé dans les années 80 « Dogman » a le don de nous conduire dans l’indicible des contraintes sociales et humaines de la loi du plus fort. C’est la vie, bien loin de celle à laquelle nous aspirons tous, pourtant bien réelle, d’une banlieue abandonnée et délaissée. Celle de citoyens ordinaires pris dans le joug des dominations par la contrainte sociale, physique et économique.

Marcello Fonte, toiletteur gentil et adorable papa, petit homme apprécié de ses voisins commerçants dont l’affection et le respect lui sont importants, n’est pas sans nous faire penser à Roberto Benigni, desquels il a d’ailleurs reçu le prix d’interprétation masculine au récent festival de Cannes. Il surprend par la justesse de son personnage. Quant à Edoardo Pesce, qui campe le rôle de Simoncino, il parait démesurément grand à ses côtés. C’est un bœuf, un fou dangereux que personne ne semble pouvoir arrêter. Comment ne pas penser à Abou Moussab al-Zarqaoui, jeune délinquant d’Amman, en Jordanie, qui devient le « Lion de Mésopotamie » sanguinaire et barbare dont le parcours est décrit avec brio dans « Sous le drapeau noir« de Joby Warrick publié en 2015.

Pour un peu « Dogman » pourrait passer pour la version cinématographique d’un chapitre de « La fabrique de Monstre« , une enquête de Philippe Pujol sur la délinquance marseillaise, celle de la drogue et des cols blancs qui ne sont pas si différentes, de celles qui font la pourriture de la pseudo « ville rebelle ». A bien des égards le pire de ce que produit l’humanité prend sa source dans ces si petites choses de la vie quotidienne, trop souvent délaissées, négligées et mises à l’écart.

Trois films qui, s’il n’ont à priori n’ont rien à voir entre eux, donnent à voir sur l’humanité, ses failles, ses forces, ses puissances, son intelligence, sa diversité, pour au final un tableau touchant et juste.

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