Les Blacks Blocs sévissent lors de chaque manifestation depuis près d’une trentaine d’années désormais, comme en témoigne la page de Wikipédia consacrée à ce groupuscule d’ultra-gauche, qui n’a aucune véritable existence organisée ou représentative. Le concept même de Black Bloc n’est d’ailleurs qu’une façon de se comporter en manifestation de ces membres qui se déclarent (ce n’est qu’une déclaration) anticapitalistes. Dans les faits, comme souvent, un examen attentif de la vie de ses membres met en évidence leur forte et presque totale dépendance au capitalisme qu’ils dénoncent. Bien qu’ultra-minoritaires leur comportement de Hooligan pose problème, tant au niveau de la sécurité de l’ensemble des manifestants que des tensions qu’ils engendrent avec les forces de l’ordre qui, faut-il le rappeler, sont avant tous des hommes et des femmes comme les autres. L’impact sur les manifestations elles-même est encore plus désastreux. C’est faire preuve d’une certaine paresse intellectuelle que de ne pas comprendre ce en quoi les agissements d’une minorité d’activistes met sous pression celles et ceux qui sont chargés du maintien de l’ordre. Ici au lieu des critiques qu’on entend si souvent dans une certaine presse, qui semble tirer bénéfice dans une vision victimaire des choses, il serait bon de rendre hommage à tous ceux qui, en charge du maintient de l’ordre, doivent se « coltiner » chaque semaine depuis plus d’un an maintenant des manifestants dont certains sont très agressifs, tout en faisant le maximum pour éviter des blessés, voire des morts. Ici ils font preuve d’une maitrise et d’un professionnalisme qui méritent le respect, peu d’hommes ou de femmes pourraient garder leur calme devant les comportements imbéciles et provocateurs de certains militants.

Et en effet, alors qu’on entend très souvent de fortes critiques sur la violence des forces de l’ordre, on ne parle que très rarement de l’énorme chance qu’ont beaucoup de manifestants, Blacks Bloc y compris, d’être en France, dans un pays civilisé. Dans bien d’autres pays au monde les comportements de certains ne seraient jamais tolérés, quant aux Blacks Blocs, il n’y a pas à douter que bien peu nombreux seraient ceux qui continueraient à agir ainsi ailleurs qu’en Europe. Courageux, peut-être, mais seulement masqués et sous un parapluie.

Les Blacks Blocs n’ont pour eux que deux atouts majeurs. Le premier est la grande attention que portent les forces de l’ordre à ce que les blessures soient réduites à leur maximum. Pour qui en douterait je peux attester ici, après avoir eu des agents de police en formation pendant quelques années, que tous ou presque m’ont fait part de leur crainte, voire de leur phobie de la bavure. Ils sont tous conscients des risques que comporteraient pour leur carrière et leur famille une bavure ou un accident grave. C’est, dans le métier, un garde-fou, qui ne suffit pas à contenir quelques débordements lors de moments de grandes tensions. Toutefois lorsqu’on voit les comportements de plusieurs manifestants, et sans nier la réalité et le drame vécu par ceux qui ont été blessés, il faut être bien naïf pour penser faire n’importe quoi et ne pas subir de conséquences graves. On ne pourra nier que certains mouvements aient intérêt à ce qu’il y ait des victimes.

J’ai, ces dernières années, échangé avec plusieurs militants d’ultra-gauche, dont je soupçonne certains de faire partie des Blacks Blocs. Il est tout aussi clair que ces derniers sont pleinement conscients que leur principal atout réside dans le fait qu’ils savent que la police est sous pression. J’ai pu entendre, de la bouche de quelques meneurs, lors de quelques réunions auxquelles j’ai assisté, qu’il fallait même essayer de pousser les forces de l’ordre à la faute. Dans ces réunions de jeunes étudiants, attentifs, écoutaient. Il n’y a pas à chercher bien loin une partie des raisons de nombreuses dérives auxquelles nous assistons. Dans un monde qui devient de plus en plus complexe la simplification est recherchée.

Le second atout que possèdent ces jeunes gens en noir, couleur qui est à l’image de la binarité de leur perception du monde, est la puissance de leur ignorance.

Pierre Desproges le disait avec une justesse dont je n’ai rencontré aucune contradiction :

En ce qui me concerne, j’ai toujours été fasciné par les détenteurs de vérité qui, débarrassés du doute, peuvent se permettre de se jeter tête baissée dans tous les combats que leur dicte la tranquille assurance de leurs certitudes aveugles.

 

Car oui, et cette règle peut être vérifiée en de nombreux domaines, l’absence de doute s’appuie le plus souvent sur l’ignorance. En la matière l’actualité et les réseaux sociaux constituent une formidable bibliothèque de matériaux d’analyse pour l’anthropologie. Le récent Black Friday et les actions menées par le très jeune mouvement « Extinction rébellion », qui n’est pas sans faire écho à la vacuité de Nuit Debout, est de ces organisations où fourmillent de jeunes gens qui semblent convaincus de détenir la vérité et savoir ce qu’il faut faire pour sauver le monde, et nous sauver de nous-mêmes. Terrible. Tout ceci n’est pas sans faire penser à la façon dont les régimes fascistes se mettent en place, doucement, tranquillement, sous couvert de belles intentions et de bons sentiments. Dormez tranquilles braves gens, ces militants savent mieux que vous ce qui est bien pour vous.

Derrière ces mouvements se trouvent des organisateurs qui n’hésitent pas à chauffer à blanc et manipuler les esprits des jeunes gens. Quand on les rencontre et qu’on commence à parler avec eux un élément saute aux yeux dès les premières secondes  de la discussion, c’est la rhétorique et le vocabulaire employés. Éloquents. Toutes les théories militantes de l’ultra-gauche sortent, aucune discussion n’est possible, l’impression d’être face à un membre d’une secte nous envahit irrémédiablement. Des sessions de formation sont même organisées pour préparer chacun à ce qu’est la garde à vue, le système judiciaire, pour quelle raison il faut refuser la comparution immédiate, ainsi que plusieurs conseils pratiques en cas d’arrestation. Les campagnes de recrutement de militants mettent cartes sur table avec un formulaire d’enrôlement on ne peut plus clair, comme on peut le voir sur ce lien diffusé par une des organisations de Extinction Rébellion :

Là encore je ne nie pas que des dérives judiciaires sont possibles, voire des abus, j’en sais quelque chose. Mais je n’oublie pas que de nombreux jeunes gens qui se trouvent dans ces mouvements  peuvent, une fois la machine judiciaire mise en branle, subir de très lourdes conséquences pour leur vie. Ici encore la responsabilité des meneurs mériterait d’être recherchée et condamnée. Non seulement ils ne font pas avancer le débat, mais pire encore par leurs attitudes imbéciles et totalitaires ils provoquent le rejet de nombreux citoyens, alors que, dans le fond, plusieurs sujets qu’ils veulent défendre ont du sens. Non, décidément ces Blacks Bloc n’ont guère plus de discernement que de courage, et les résultats de leurs actions sont de plus contre-productifs.

ACAB

Puisque fleurissent sur les murs de nos villes quatre lettres imbéciles qui donnent encore à voir sur l’immense bêtise de leurs auteurs, les fameuses ACAB, pour All Cops Are Bastards (tous les policiers sont des salopards), je me suis demandé si quelqu’un n’avait pas déjà pensé à anagrammer cet acronyme en l’appliquant aux Blacks Bloc, façon ABBAC ou A2BAC, pour All BlackBlock Are Cowards (tous les blacks bloc sont des lâches), et j’ai trouvé ABAC, pour All Balck Bloc Are Cowards :

Une douce musique me vient aux oreilles à écrire ces mots, celle d’Anne Sylvestre, avec « Les gens qui doutent« , mais ce n’est pas celle-ci sur laquelle j’ai envie de conclure cet article, c’est sur celle de Monsieur Roux, « Petit Rasta », qui met gentiment les points sur les « i » sur le décalage entre les déclarations de valeurs et d’intentions et les actes.

De nombreux sujets d’importance méritent mieux que leur appropriation par quelques énervés et bien-pensants. Pour cela c’est au plus grand nombre de s’en emparer, de façon intelligente et construite.

Mais parfois je suis pris de doutes. Il semble que trouver du sens commun aux questions les plus essentielles de notre époque avec une approche posée, dépassionnée, sérieuse, réfléchie, construite, non sectaire, et basée sur des expertises avérées et reconnues soit difficile à l’humanité.

Peut-être n’est-elle pas encore assez mûre pour se regarder en face et accepter ses propres failles, d’où sa propension à croire encore en un messie, un sauveur, ou un grand timonier.

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