Il n’a pas de visage, seulement deux grands yeux blancs, une capuche épaisse sur la tête, un jean, des baskets.

Il avance dans la rue, placide et déterminé, de nuit de préférence, mais aussi de jour, l’animal n’est pas farouche, seulement un peu secret et mystérieux. Il se faufile parmi les passants, presque discrètement, dans les rues de Chicago, en observateur attentif des humains qu’il côtoie.

Il compose et dessine un univers musical électro hip-hop et offre à des voix de quoi dire ce qu’elles ont à dire.

Le tout, au final, c’est Great Man Hiboo, un projet qui a de la gueule, pas de prétention, et un petit côté badass qui n’est pas pour déplaire.

Le hibou est animal qu’on ne connait pas, qu’on ne voit pas, très mystérieux, à la vue perçante. On dit qu’un hibou à la cime d’un arbre peut entendre le battement de cœur d’un souris en bas. Voici qui donne le ton. Lui, l’homme masqué, c’est O. Pour des questions de discrétion nous ne donnerons pas son prénom.

J’emprunte des samples à d’autres univers, je ne cherche pas à être sur un projet pointu, je ne me pose pas trop de questions, j’avance mieux ainsi.

Il continue. « J’avais envie de travailler sur les premiers clips de ce projet avec des américains. Je les ai trouvés sympas, sérieux, talentueux. Ils ont moins de barrières et peuvent faire plein de choses sans être limités. »

O. avait envie de « brouiller les pistes ». « Le projet est aux États Unis, en France, ailleurs. Je ne veux pas de quelque chose qui s’enferme. Demain je peux travailler avec d’autres, Great Man Hiboo est une identité, c’est collaboratif. Et c’est aussi un projet musical dans lequel je peux être seul sur scène. D’où l’idée de la scénographie à laquelle nous avons pensée. Nous donnons vie au personnage. Une web-série est en préparation, dans un univers manga. Great Man Hiboo pourra aussi exister en dehors de la musique, pourquoi pas en bédé. »

Il est clair que l’univers musical et esthétique du projet a de quoi inspirer et laisser libre place à l’imagination. D’ailleurs J., le réalisateur, est à l’initiative de cette idée de capuche.

C’est un peu l’idée de ne rien mettre de trop personnel dans ce projet. Aujourd’hui tout le monde se prend en photo. A travers la capuche tu peux t’identifier.

Et O. philosophe, de compléter : « Ne faut-il pas être derrière pour vraiment réaliser sa musique et laisser la place à des collaborations plutôt que d’être enfermé par une image ? »

D’autres avant GMH ont porté le masque, de The Residents (poke Dom !) à Daft Punk en passant par Cascadeur ou Batman (quoi qu’on vient de me glisser à l’oreille que ce héro masqué n’était pas chanteur), mais avec Great Man Hiboo le masque donne une dimension qui laisse beaucoup de place aux collaborations, largement aidées par Internet.

Pour Western Life, le premier clip, la réalisation a été faite à distance. Julien a fait le script, les chanteurs ont loué une caméra, un pied, ils ont filmé eux-même. « Ils n’avaient pas d’autorisation, c’est pour cela que dans le clip on les voit regarder autour, notamment quand ils sont au bas de la Trump Tower. »

Musicalement, le titre s’ouvre sur quelques notes d’influence indienne, et on s’envole toute de suite dans les rues froides de la troisième plus grande ville des Etats-Unis. Pour Ghost of Heaven O. et J. sont allés sur place.

Dans « Ghost Of Heaven » et « Western Life » c’est Billa Camp qui officie aux voix. Le chanteur, né à New York, influencé par la culture Hip Hop, Rock, & Skate, offre à la musique de Great Man Hiboo un ton déterminé et engagé qui fait vibrer. Dans « Streets » Maggie Vagle ajoute sa voix, et dans « Drake Free » William Silas la sienne à celle de Billa Camp.

Un hip-hop conscient.

Pour J., au final, c’est du hip-hop conscient.

Steve Osborne a aussi travaillé sur le projet pour quelques remixes. C’est un producteur britannique qui a bossé avec une liste impressionnante d’artistes internationaux, comme New Order, Gregory Porter, U2, Vanessa Carlton.

C’est un artiste discret, qui n’est pas sur le devant de la scène, mais qui est très présent, et a beaucoup de talent.

Découvert en décembre dernier nous avons de suite eu un coup de cœur sur le projet Great Man Hiboo, et nous avions envie de vous en parler. Ça sort un peu des sentiers battus, c’est pêchu, propre, intemporel, éclectique, universel et même international.

Les chanteurs viennent en février 2020 en France en résidence, à l’Antipode à Rennes, où le spectacle et la promo vont se tenir le 28 février à 20h (entrée libre), avec Billa Camp sur scène et un autre musicien « trompète-clavier ». GMH chantera dans deux sets.

D’autres projets en cours, dont un live. 14 titres sont déjà prêts, car, sur conseil de Vivien, dont la stratégie a été dénoncée par J., « il ne faut pas tout balancer d’un coup« . C’est parfait, on va éviter le binge-GMH et déguster tout ça comme un bon vin, en douceur mais à fond. Après tout on peut aussi non avec du hip-hop ?

Une question reste entière, verra t’on son visage sur scène ? L’EP et le clip sortent le 7 février.

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