Un confinement qui va durer encore quelques semaines

L’annonce d’un prolongement du confinement, dont la durée n’est pas encore fixée, n’a rien de surprenant. Comme l’expliquait très bien ce matin Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine, répondant aux question de Léa Salamé sur France Inter, tout est question d’acceptation de la population française. Le peuple français n’est en effet pas comme le peuple chinois.

Décider d’un confinement à 45 jours dès le 16 mars, bien que nécessaire, n’aurait malheureusement pas été accepté par l’ensemble des français. Rappelons qu’il y a encore moins de 10 jours lorsque nous parlions d’épidémie, ou de pandémie, beaucoup pensaient que le Covid-19 (appelé à tord CoronavirusI ) n’était rien de plus qu’une grippette.

Nous devons nous attendre à ce que le confinement soit prolongé de plusieurs semaines et sans doute renforcé. Il s’agit d’une course contre la montre puisqu’il faut ralentir la progression du virus de façon à ne pas mettre à mal notre système de santé, et trouver au plus vite un traitement ou un vaccin de façon à ce que l’économie retrouve au plus vite son court normal, car le virus sera encore présent après la fin de ce confinement. La Chine, qui devrait sortir du confinement mercredi, redoute l’arrivée d’une seconde vague.

Nous ne savons pas encore combien de temps durera le confinement. Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation Nationale, lors d’un entretien avec , journaliste au Parisien, a parlé d’une reprise probable de l’école le 4 mai. Dans un entretien accordé à « Sud Radio » il n’excluait pas une reprise après l’été, scénario qu’il estime comme étant toutefois le moins probable. Voilà de quoi nous donner une indication supplémentaire sur la gravité de la pandémie qui concerne à ce jour 184 pays du monde.

Heureusement il est permis d’espérer des effets bénéfiques du confinement. Après 2 jours de baisse du nombre de morts par jour l’Italie commence à entrevoir une lumière, comme en témoigne cet article paru dans Ouest-France. Voici qui rassure après ces deux dernières semaines très inquiétantes. En attendant, puisque nous sommes nombreux à devoir rester chez nous joignons l’utile à l’agréable en confectionnant des masques en suivant les conseils d’une ingénieure textile, qui a adapté un plan du CHU de Grenoble.

Quand sortirons-nous du confinement ? Fabien PEDEZERT, data-scientist membre du Breizh Data Club s’est essayé à quelques projections (qui tiennent la route) à partir des données statistiques accessibles à tous (dont je me sers moi-même pour les tableaux qui figurent plus bas.). Je vous invite à découvrir le résultat de ses travaux au travers de cette courte et très accessible vidéo.

Chloroquine, le médicament qui signera la fin de la partie ?

On entend tout et son contraire au sujet de ce médicament dont le professeur Didier Raoult, infectiologue et professeur de microbiologie à l’Institut-hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée de l’hôpital de la Timone à Marseille, promet l’efficacité dans le traitement des malades du Covid-19. J’ai choisi de vous partager cet excellent (et un peu long) article de Jean-Dominique Michel, anthropologue de la santé et expert en santé publique. Le Covid-19 est remis en perspective et dans son contexte, de quoi permettre à chacun de prendre un peu de recul sur les nombreuses questions soulevées par l’utilisation de ce médicament, dont Olivier Véran, ministre de la santé, vient de resserrer l’utilisation.

Une maladie d’anthropocène

Ce virus interroge nos modes de vie. Si le Covid-19 nécessite un confinement de masse pour lutter contre sa propagation, il appelle à de profonds et durables changements sociétaux. Si distanciation il y a, elle doit être physique et pas sociale, et le local doit reprendre toute sa place.

Le point de vue de Philippe Sansonetti, médecin et chercheur en microbiologie français, chercheur à l’Institut Pasteur, professeur au Collège de France et directeur de l’unité INSERM, étaye ce propos au travers d’un discours qu’il a prononcé au Collège de France le 16 mars 2020.

Ce sont des maladies d’anthropocène : pour l’essentiel voire exclusivement, elles sont liées à la prise en main de la planète et à l’empreinte que l’homme y laisse. Ce qui est valable pour le climat, pour l’environnement, est tout aussi valable pour les maladies infectieuses, en particulier émergentes, et les trois sont liés…[…] Nous sommes tombés en quelques jours dans un autre monde. »

Une très bonne synthèse de son discours est à retrouver ici.

Évolution de la pandémie

Je suis les statistiques officielles de la progression du Covid-19 et les renseigne dans un fichier qui me permet d’établir des tendances. Il en ressort 2 tableaux que je vous mets plus bas et que je mettrais à jour sur un article dédié.

Le premier concerne le taux de contamination par région. Il permet de voir l’évolution de la pandémie jour après jour, région par région, le pourcentage de personnes touchées, l’équivalent pour 10 000 habitants, la progression par rapport aux données de la veille et enfin le rang de la région en termes de taux de personnes contaminées.

France – Évolution de la Pandémie

Le second tableau présente les données pour le Bretagne seulement avec une précision sur la répartition de prise en charge des malades (ceux en service de réanimation, ceux accueillis aux urgences au jour-j, ceux retournés chez eux, le nombre de personnes décédées, les progressions et les rands de chaque département.)

ATTENTION : Si le nombre de personnes décédées est juste (car factuel) celui du nombre de personnes contaminées est largement sous-estimée. On peut raisonnablement penser que le nombre de personnes contaminées est de 6 à 10 fois supérieur à celui connu (tout le monde ne déclenche pas de symptômes et la contagiosité est possible dès le 1er jour de la contamination). Ces tableaux sont donc à regarder avec prudence.

A l’heure où cet article est publié les données pour la journée du 24 ne sont pas encore disponibles.

Évolution Pandémie Covid-19 Bretagne

Vous vous demandez ce que devient Rennes en pleine période de confinement ? Je vous invite à le découvrir ici au travers de quelques photos prises en matinée.

Rennes confinée – Mars 2020

 

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Références

I Après avoir été baptisé nCoV-2019 dans un premier temps, ce nouveau coronavirus a été appelé SARS-CoV-2 (SARS pour « Syndrome Aigu Respiratoire Sévère » et CoV pour « COronaVirus »). Sa maladie a été nommée Covid-19 le 11 février 2020 pour être « plus facile à prononcer »  avait justifié le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. Signification : « Co » signifie « corona », « vi » pour « virus » et que « D » pour  » disease » (maladie en anglais). Le chiffre 19 indique l’année de son apparition : 2019. « Nous avons dû trouver un nom qui ne faisait pas référence à un lieu géographique, à un animal, à un individu ou à un groupe de personnes » a ajouté le directeur général, pour éviter toute stigmatisation de la maladie.