Je devais voir les frangins de Volo à Brest dimanche 29 mars, mais la situation si particulière que nous rencontrons au niveau mondial nous en empêche. C’est dommage, mais aurions nous eu le temps, avant ou après le concert, d’échanger comme nous l’avons fait par téléphone ? Rien n’est moins sûr.

Olivier Volovitch, l’un des deux frangins de Volo, m’a fait le plaisir de m’accorder un interview téléphonique ce jeudi 27 mars. Avant de l’appeler j’ai passé le CD sur ma chaine, histoire de me remettre dans l’ambiance de l’album, sorti le 13 mars, afin de préparer quelques questions.

Pendant que les titres s’égrainaient je notais pour chacun d’eux un ressenti, une impression, une image, puis je retournai à mes fourneaux (je cuisine beaucoup). Il s’agissait d’être dans le jus pour m’entretenir avec Olivier. C’est bien beau d’apprécier un groupe de musique, mais pour faire l’interview du groupe en vue de faire un papier sur un album il me fallait préparer un peu les choses. Un minimum de sérieux s’impose.

A l’heure convenue j’ai appelé Olivier. Il m’a demandé comment j’allais, j’ai fait de même. Derrière cette simple question qu’on se pose tous sans jamais vraiment prêter attention à la réponse il y avait pour lui et pour moi des montagnes de choses. On ne va pas se mentir, nous sommes tous en ce moment dans des vies sacrément chambouléesI.

Je suis Volo depuis ses débuts, comme beaucoup de fans, je me doutais bien que les deux frères étaient aux prises avec l’actualité. Bon nombre de leurs chansons, depuis que le groupe existe, visitent des questions de société, leur vie d’homme, de frère, d’enfant, de père, avec une élégance à laquelle nous sommes nombreux à être sensibles.

Juste avant d’entrer en matière j’ai glissé que j’avais fait écouter « Désolé mémé » à ma grand-mère il y a une dizaine d’années, quand mes grands-parents étaient encore en vie et que trônait dans la cuisine un panonceau en bois sur lequel la sentence « Qui vient en ami arrive trop tard et part trop tôt » expliquait à elle seule pourquoi le café était toujours servi trop chaud. C’était du temps des Wriggles, leur dernier album avant la naissance de Volo, alors je suis vite passé au vif du sujet. J’ai attaqué sans ménagement par une question qui me trottait dans la tête depuis quelques jours. Mais pour bien comprendre pourquoi sans doute vous faut-il écouter ou réécouter ce titre, diffusé sur leur page Facebook début mars, en pensant au Covid-19.

Sébastien : Dis-moi, le titre « Je me demande quand« , sortie le 23 janvier, il est sacrément prémonitoire non ? Parce que mine de rien c’est très à propos.

Olivier : Depuis plusieurs années je sais que notre mode de vie ne va pas. Là c’est le Covid-19 mais ça pourrait être autre chose. En ce moment par exemple on peut s’étonner de voir comment les choses sont impréparées. Un si petit truc comme ce virus qui met à bas tout un système.

Sébastien : Ce n’est pas la première fois que vous parlez de crise financière ou d’économie dans vos chansonsII.

Olivier : En effet, c’est un sujet qui nous intéresse, comme les enjeux écologiques ou la question des migrants . Peut-être que cette crise est l’occasion de reposer les choses, d’arrêter la croissance effrénée, de penser un peu différemment l’avenir de nos enfants. On navigue entre optimisme et pessimisme.

Sébastien : J’ai toujours été marqué par le fait que vos chansons étaient pleines de recul, de discernement, pas donneuses de leçons.

Olivier : On a fait pas mal de concerts militants, c’est vrai. Frédo m’avait conseillé d’écouter BFM Business, et je l’ai fait. J’aime écouter des personnes qui ont des idées avec lesquelles je ne suis pas d’accord, mais j’ai aussi été surpris de découvrir qu’ils invitaient des personnes qui n’étaient pas d’accord avec eux, et qu’ils les écoutaient. Les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le croire.

Sébastien : Et vous parlez aussi du temps qui passe, de la maison de famille qui est vendue, auriez-vous peur de terminer dans une boite en carton à la caveIII ?

(rires, si si !)

Olivier : Woody Allen a dit « L’éternité c’est long, surtout vers la fin ». Je suis né en 1976, Frédo en 74, nous sommes pères, nous avons conscience du temps qui passe, de la finitude en quelque sorte. La chanson « Jeune et beau » parle un peu de tout ça.

Sébastien : Vous avez travaillé avec un nouvel arrangeur sur cet album.

Olivier : Oui, avec Alexis Campet, qui bosse avec nous depuis « Chanson Française ». Il nous a permis d’introduire de nouveaux sons, de faire sortir un peu la guitare nylonIV.

Sébastien : Avec le confinement c’est un peu la mode du concert privé sur Youtube, avez-vous prévu quelque chose ?

Olivier : Pas mal de personnes nous l’ont demandé, on a décidé de le faire, la date n’est pas encore calée mais nous allons bientôt en parler.

Sébastien : Un premier clip est sorti avec « Je me demande quand », d’autres sont prévus ?

Olivier : En fait ce n’est pas vraiment un clip, c’est un lyrics-vidéo. Ce qu’y est sympa c’est que plusieurs personnes se sont proposées pour nous en faire, ça nous fait plaisir. Nous avons la chance d’avoir un public qui nous suit depuis le début, aujourd’hui ce n’est pas évident de percer. Vendredi le clip de « En vérité » sort, c’est le premier de l’album.

Sébastien : Parfait, je le mettrai en lien sur le papier que je vais écrire. Un grand merci à toi pour le temps que tu m’as accordé !

J’ai raccroché, très heureux de ce petit temps passé à causer avec un des deux Volo de leur dernier album « Avec son frère« . Je me donnai la soirée et la nuit avant de commencer à écrire, j’aime laisser les choses reposer avant de les reprendre. Je me sius fait un thé, j’ai réécouté l’album, pour la quatrième fois, découvrant le même plaisir que celui que j’ai eu à écouter les précédents, un plaisir qui s’affine au fil des écoutes. Volo, parfois, j’ai l’impression qu’ils parlent de ma vie et de celle de ceux de ma génération, ils disent avec élégance et poésie ce que je ne sais dire que dans de longues proses.

Le clip « En vérité » est comme convenu sorti le lendemain, soit aujourd’hui, jour de publication de cet article. J’ai choisi de poser ici le texte qu’ils ont écrit sur leur page Facebook pour le présenter.

Belle découverte à vous tous, confinez vous bien, et n’oubliez pas, c’est de distanciation physique qu’il faut parler, pas de distanciation sociale, parce que des chansons comme celles de Volo, justement, elles nous rapprochent.


« En vérité » est une chanson qui a été inspirée par la lecture de la correspondance amoureuse entre George Sand et Alfred de Musset. Le texte mélange leurs mots mais parle à la première personne en adoptant le point de vue de celui qui aime encore. Pour traduire en image comment l’absence physique va immanquablement de paire avec le souvenir prégnant et constant de celui ou celle qui nous manque, c’est le langage du corps et de la danse qui nous a paru plus à même de raconter cette histoire de manière onirique.
Confinés et solidaires,
FrédO et Olivier Volo

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Références

I Si cet article est lu à une époque où le souvenir s’efface, ou si vous revenez tout juste d’un voyage sur Mars, sachez que nous sommes en pleine pandémie d’un virus appelé SARS-CoV-2, un coronavirus qui provoque le Covid-19.
II « La crise« , sorti en 2017 avec l’album Chanson Française, ou encore de « Réguler » sorti en 2009 avec l’album En attendant/
III En référence à au titre « Disons ».
IV Guitare classique