Samedi soir Vénus a croisé la lune pour un beau spectacle, dimanche soir je me suis à nouveau posté dehors, en bas de chez moi, dans cette petite résidence rennaise où je suis confiné avec mon chat. Je voulais profiter de la clarté du ciel en ce début de nuit pour voir les étoiles et rêver un peu. Avez vous remarqué que plus aucune trainée atmosphérique ne venait zébrer le ciel depuis que le confinement touche le monde entier ?

J’ai aperçu le vol d’un satellite particulièrement lumineux, et, selon toute vraisemblance en orbite basse. Il venait de l’ouest et se dirigeait vers l’Est, il est devenu plus lumineux encore après avoir dépassé la lune, superbe aussi à cette heure. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un nouveau satellite au même moment ou presque, suivant la trajectoire du premier. C’était la première fois que je voyais si bien à l’œil nu un satellite sans le confondre avec une étoile (ce qui est un des signes montrant qu’il est en orbite basse), et la première fois que je voyais deux satellites se suivre. Un troisième a suivi, puis un quatrième, un cinquième, et ainsi de suite jusqu’à une douzaine, séparés chacun d’environ trente secondes.

J’ai informé quelques amis et filmé la scène avec mon smartphone. On ne voit donc pas très bien, mais assez pour apercevoir le passage de cet objet fabriqué par l’homme. Regardez bien légèrement à droite au dessus de la lune, un premier satellite passe, suivi d’un second trente secondes plus tard. Désolé de la mauvaise qualité, je n’avais pas de stabilisateur assez efficace.

Je me suis demandé quels pouvaient bien être ces satellites. J’ai pensé au projet d’Elon Musk, qui prévoit de déployer Internet dans les zones les plus reculées grâce à sa constellation de satellites, mais je me souvenais avoir lu des informations rassurantes sur le fait que ces satellites ne se verraient pas et ne poseraient aucun problème pour les astronomes.

Je suis persuadé que nous ne causerons pas le moindre impact sur les découvertes astronomiques. Zéro, a déclaré le fondateur de Space X lors d’une conférence de presse à Washington. C’est ma prédiction, nous prendrons des mesures correctives si c’est au-dessus de zéro

J’ai lancé l’application Heavens-Above sur mon smartphone pour voir les satellites actuellement présents, et j’ai découvert l’horreur.

Ainsi donc au dessus de ma tête, là où d’habitude je ne vois que le ciel étoilé, magnifique et propice à l’évasion, c’est une myriade de satellites qui s’invitent. Sur ma courte période d’observation 17 satellites de SpaceX étaient dans le ciel. Je suis allé vérifier quelques informations sur le projet. Puisqu’Elon Musk assurait que les satellites ne se verraient que lors des phases d’envol je suis allé chercher des détails sur les satellites référencés par l’application.

STARLINK-1216, par exemple, qui venait de passer au dessus de ma tête, a été lancé le 17 février 2020. Il n’est donc plus en phase de mise sous orbite et était à l’instant où je l’ai vu sur une orbite située à 539 kilomètres pour une apogéeI à 540,9 kilomètres. Il fait le tour de la terre en 95,3 minutes (ce qui fait une vitesse d’environ 43,5 mille kilomètres par heure).

J’ai ensuite regardé une autre référence, le Starlink-1219. Cette fois le périgée est à 381,2 kilomètres, l’apogée à 392,6 kilomètres. Les autres satellites du réseau Starlink sont proches de ces valeurs, ce qui signifie que tous, à cette distance, sont très visibles depuis la terre. En d’autres termes Elon Musk s’approprie ici l’espace du ciel, sans la moindre vergogne, de façon éhontée. Quand bien même Elon Musk annonce qu’il fera peindre les prochains pour qu’ils se voient moins, leur orbite, même basse, fait qu’ils sont plus visible encore que des avions en plein ciel.

En résumé, j’ai vu hier soir une quinzaine de satellites qui ont largement gâché mon observation du ciel.

Pour le moment SpaceX a lancé 300 satellites, et prévoit d’en lancer en tout 12 000, tout en ayant obtenu de la Commission fédérale américaine des communications une autorisation pour en lancer 30 000 de plus, soit un total possible de 42 000 satellites.

Oui, vous avez bien lu, alors que l’impact de ce projet est mondial, que les risques en cas de collision concernent absolument tous les pays du monde, SpaceX s’est contenté d’une décision nationale pour lancer son projet.

De fortes contestations ont été formulées par des astronomes ou des chercheurs. Le 5  mars 2020 Olivier R. Hainaut et Andrew P. Williams, astronomes à l’Observatoire Européen Austral (ESO) ont publié une étude mettant en évidence que la constellation des satellites de SpaceX, OneWeb et d’autres acteurs (qui dit marché dit concurrence) pouvait interférer avec le travail des télescopes au crépuscule et au petit matin, lorsque les satellites réfléchissent la lumière du Soleil. Le 13 mars 2020 Elon Musk a demandé, via sa société SpaceX, a rencontrer les astronomes de l’ESO pour les rassurer sur les risques de pollution lumineuse des satellites voyageant sur ces orbites basses. L’ESO se dit satisfaite de cette initiative et va essayer de négocier avec SpaceX pour d’éventuelles collaborations.

Soit. Pour ma part j’ai quelques difficultés à me réjouir de l’arrivée d’autant d’objets conçus par l’homme au dessus de ma tête, et ce quand bien même ils n’empêchent pas l’exploration spatiale. J’aime de temps à autres me promener en des lieux où je peux imaginer que l’homme n’a jamais mis les pieds. Une randonnée sur la côte ou en montage m’amène souvent cette satisfaction à nulle autre pareille. Imaginer que, désormais, la nuit, dès que je lèverais les yeux au ciel je verrai passer un train de satellites n’a rien pour me réjouir.

En cet instant je pense fort à « Dis papa », une chanson de Zoufris Maracas, tirée de l’album « Prison dorée » sorti en 2012. C’est peut-être la direction que nous prenons, mais on s’en fout n’est-ce-pas ? Nous aurons Internet partout…

Parfois j’ai un peu peur de ce que mes enfants raconteront à leurs enfants.

 

 

 

 

 

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Références

I Son orbite la plus haute