Force est de constater depuis plusieurs années une indéniable dégradation du niveau de culture générale des Français, comme en témoigne Jean-Paul Brighel1, dans l’article « L’extinction de la culture générale » paru dans Marianne le 31 mai 2019.

Cette situation s’accompagne de la montée en puissance des organisations militantes, dont les prises de position radicales posent de nombreux problèmes et fragilisent nos démocraties. Le regretté Pierre Desproges a très justement résumé tout le problème posé par les militants.

J’ai toujours été fasciné par les détenteurs de vérité qui, débarrassés du doute, peuvent se permettre de se jeter tête baissée dans tous les combats que leur dicte la tranquille assurance de leur certitudes aveugles. Pierre Desproges.

Et quoi de plus vrai. Interrogez un expert sur ce qu’il pense des militants, tous vous diront la même chose, leurs certitudes sont le plus souvent basées sur l’inexpérience et l’ignorance. C’est une des raisons pour lesquelles les militants sont essentiellement de jeunes gens, sans grande expérience, souvent utilisés par des organisations politiques ou syndicales.

Nombre de leurs actions conduisent à des tensions, quand elles ne frisent pas plus simplement le ridicule. Cette situation fragilise nos démocraties puisque leurs actes et leurs idées s’opposent généralement à l’expérience, la science et les faits, tout en provoquant des troubles importants.

Comme l’a popularisé Etienne Klein, physicien, philosophe des sciences, nous avons affaire ici avec ce qu’il convient de nommer l’ultracrépidarianisme, comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n’a pas de compétence crédible ou démontrée. C’est donc à un sérieux problème auquel nous sommes confrontés et auquel nous devons collectivement nous attaquer.

L’élévation culturelle des citoyens est un des piliers de ce qui permet de faire nation. C’est grâce à un partage de connaissance qu’un peuple trouve du sens commun, comme c’est au travers de l’humilité qu’on évite que des « amateurs » se sentent autoriser à s’opposer aux experts. Le moment est venu de remettre la science et l’expérience à leurs justes places, car l’humanité est confrontée à des défis majeurs qui ne souffrent d’aucune approximation ni d’aucun dogme ou idéologie.

Le changement climatique

Ce constat autour des dérives apportées par le militantisme, alors que l’humanité est confrontée à des enjeux majeurs, met en évidence les raisons de la fragilisation de notre capacité à agir. Le changement climatique est une réalité face à laquelle nous avons tous une responsabilité, même infime. Et comme cela a été longuement expliqué dans le Podcast Trajectoire dont nous vous parlions en juillet, cet enjeu est éminemment complexe. Il requiert de solides connaissances avant de prétendre être capable de le résoudre.

L’importance de la connaissance

La connaissance est une brique essentielle de la future élaboration des pistes de solution. Et très à propos ces 29 et 30 août 2022 se tenaient à Paris les Rencontres des Entrepreneurs de France. L’évènement, organisé chaque année par le Medef, fait la part belle aux prises de paroles d’experts, reconnus chacun dans son domaine d’activité. Cela permet un partage de connaissance utile à tous, les conférences étant très relayés dans les réseaux. Le Medef reprend ici à son compte la formule de l’éducation populaire si chère à la culture française depuis la révolution de 1789.

Les entrepreneurs sont des acteurs majeurs de l’économie de nos pays, comme le sont d’autres professions, avec pour particularité d’être engagés corps et âmes dans leur entreprise. Soulignons donc ici l’importance majeure de l’apport d’informations qualifiées auprès de celles et ceux qui sont aux commandes de ces navires au long cours.

Etienne Klein, physicien, philosophe des sciences, a fait une brillante intervention où en quelques minutes chacun a pu prendre la mesure de l’extraordinaire complexité de ce sujet, et de l’importance cruciale des connaissances.

Si je demande à mes amis pro-nucléaires pourquoi on met de l’uranium et pas de l’aluminium ou du krypton, ils ne savent pas, si je demande à mes amis qui sont contre le nucléaire pourquoi on met de l’uranium, ils ne savent pas non plus. C’est comme si le fait d’avoir une opinion tranchée sur ces questions dédouanait de l’obligation de s’instruire.

Alors auprès de qui s’instruire ?

C’est bien la bonne question.

Déjà, si vous avez écouté l’intervention d’Etienne Klein dans sa globalité, vous avez pu remarquer dès le début de son propos combien la notion d’énergie était complexe. Si vous avez écouté le podcast Trajectoire cité plus haut vous avez eu la confirmation que tout était étroitement lié et qu’il était vain d’espérer résoudre l’équation en quelques phrases magiques.

Si cela vous a donné envie d’en savoir plus, nous ne saurions que trop vous conseiller les lectures suivantes :

Des experts, plus discrets, et non moins connaisseurs, sont à suivre sur Twitter par exemple. Mais vous pouvez aussi découvrir leurs publications :

  • Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue française, directrice de recherche au CEA et coprésidente du groupe nᵒ 1 du GIEC depuis 2015, que vous pouvez suivre sur Twitter.
  • Valérie Faudon, enseignante à Sciences-Po dans le cadre de la Public School of International Affairs, que vous pouvez suivre sur Twitter.
  • Jean-Pierre Riou, chroniqueur indépendant sur l’énergie, membre du bureau énergie du Collectif Science Technologies Actions. « La prophétie de monsieur Lacoste« , à suivre aussi sur Twitter.

Il peut être aussi utile et intéressant de visionner l’excellent et magnifique reportage Chasing Ice, disponible sur les plateformes VOD. C’est un documentaire sur le photographe James Balog, qui officiait pour le célèbre magazine National Geographic, et qui s’est spécialisé dans la photographie de l’érosion des glaciers pour prouver les conséquences du changement climatique.

Des acteurs privés engagés et discrets

Vous le savez sans doute, ce n’est pas ceux qui parlent le plus qui agissent le plus et le mieux. Nous ne disposons que de 24h dans une journée, c’est une ressource universellement partagée. Il est impossible de passer son temps dans les médias et de s’instruire, soyez-en convaincus. Aussi des hommes et des femmes pour lesquels les enjeux climatiques sont importants œuvrent depuis de nombreuses années pour changer les choses, ne serait-ce que pour améliorer les connaissances, sans que les médias n’en parlent.

Ainsi dans le secteur de l’énergie, nombre d’acteurs sont engagés pour accompagner à la prise de conscience. Citons par exemple Ludikenergie, entreprise rennaise qui développe des actions de sensibilisations aux enjeux climatiques, ou encore l’association rennaise La Nature en Ville, qui agit pour la préservation des arbres dans la ville.

Concrètement, si vous souhaitez agir à votre niveau, nous invitons à découvrir Ecojoko, solution de mesure en temps réel des consommations d’énergie.  Ces acteurs sont tous engagés pour le climat depuis de nombreuses années, et pourtant on ne les voit pas sur les plateaux télé. Et pour cause, ils travaillent, ils réfléchissent, ils agissent. Ils ne tiennent pas de grands discours, ce sont des faiseurs, pas des causeurs.

Que penser des écolos ?

Nous vous laissons découvrir et apprendre au travers de ces quelques premiers repères. Vous saurez ensuite par vous-même quel crédit accorder à ceux qui prétendent détenir les solutions. Mais nous vous l’assurons cette fois encore, la désinformation bat son plein, jusque dans des podcasts à destination du grand public. Nous avions déjà abordé le sujet dans cet article qui pointait les approximations et contre-vérités autour du nucléaire du podcast Le Nuage.

Informez-vous, renseignez-vous, et ne vous faites pas avoir par les discours simplistes des militants. Vous le savez sans doute vous-même au travers de votre métier, que vous connaissez bien. Rien ne vous agace plus que d’entendre quelqu’un qui ne connait pas votre métier en parler avec suffisance et certitudes.

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